DE
L'UTILITE DE LA
CHINE
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A propos de Balzac, ce site contient : 1. Biographie de l'écrivain - 2. Une présentation de La Comédie humaine - 3. Une présentation de La Muse du département - 4. Extraits de La Muse du département - 5. Une présentation de La Peau de Chagrin. - 6. Une présentation de La Maison du Chat-qui-pelote - 7. Une présentation du Bal de Sceaux - 8. Une présentation de La Vendetta - |
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Ce texte a
été
écrit, en 1999, dans le cadre d'un Colloque
organisé
à Sao Paulo, pour célébrer le
bi-centenaire de
la naissance de Balzac. Et publié, avec les autres
contributions au Colloque dans Balzac,
A Obra-mundo, éd. Estaçao Liberdade.
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Je ne crois pas aux dénouements, dit Mme de La Baudraye, il faut en faire quelques-uns de beaux pour montrer que l'art est aussi fort que le hasard ; mais, mon cher, on ne relit une oeuvre que pour ses détails. Un
prince de la
bohème, 1839 -1845
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L'univers
construit par Balzac dans La
Comédie humaine
propose à ses lecteurs un dense réseau de
personnages se
mouvant dans un cadre géographique qui est,
lui-même, un
réseau, assez semblable à celui des chemins de
fer
français : toutes les voies mènent à
Paris.
Privilégiant la France, cette géographie dessine
une
opposition Paris / Province dont notre
imaginaire vit encore au XXe
siècle. Pourtant, ce qui existe au-delà des
frontières n'est pas absolument absent. Soit parce que
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La
Comédie humaine
: Toutes les références à l'oeuvre de
Balzac
renvoient à la l'édition de la Pléiade
procurée par Pierre-Georges Castex.
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Paris
accueille divers étrangers (Polonais comme le comte Laginski
et
son alter ego ou Wenceslas Steinbock ; Allemand comme le musicien
Schmucke ; Portugais comme Ajuda-Pinto ou la duchesse de Grandlieu,
etc.) sujets ou figurants de divers récits ; soit parce que
les
personnages partent à l'étranger. Deux raisons
à
ces départs : se cacher pour vivre heureux,
généralement en Suisse, comme Mme de
Beauséant et
Gaston de Nueil ou la Princesse de Cadignan et d'Arthez, mais le cas
est rare; le plus souvent, aller faire fortune. Où part-on
faire
fortune ? En Asie.
L'Asie balzacienneL'Asie balzacienne est un vaste espace indifférencié où voisinent la Chine et l'Inde, la Malaisie et Java, mais aussi ce que nous nommons Moyen-Orient, voire l'Afrique du Nord et, ce qui est plus surprenant pour nous, les Amériques. Non que Balzac ait eu des méconnaissances géographiques si étonnantes, mais parce que les pays américains participent d'un fantasme oriental dont Pierre Citron a montré de longue date (1986, Dans Balzac) le fonctionnement. La Fille aux yeux d'or (1834-35) en fournit les plus riches éléments, sur le plan romanesque, mais Balzac en a lui-même souligné la dimension fantaisiste (et fantasmatique) en 1842, dans son compte-rendu du livre de Borget, La Chine et les Chinois,d'une façon certes plus sérieuse, mais peu différente quant au fond, de sa pochade de 1832, |
Paris/Province
: Voir Nicole Mozet, Balzac
au pluriel,
PUF, 1990, qui en propose une intéressante analyse.
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"Voyage
de Paris à
Java". C'est ce
fantasme qui contamine peu ou prou l'ensemble de la
géographie
mondiale.
Il suffit pour s'en assurer de songer au personnage du
Brésilien introduit dans La Cousine
Bette
(1841). S'il devient l'instrument de la vengeance, le deux ex machina
de l'histoire, c'est moins pour avoir été
présenté comme Othello (encore que le personnage
du
Maure, comme la jalousie et la vengeance qu'il incarne, soient bien des
caractéristiques de l'Orient balzacien) que pour
être une
arme que sait activer Mme de Saint-Estève, la tante de
Vautrin,
justement surnommée Asie dans Splendeurs
et misères
des courtisanes
(1845). Dans ce dernier roman, Esther lui extorque, par complice
interposée, une perle noire contenant un étrange
poison
dont elle meurt. Ce poison, quoique fulgurant, lui, n'en a pas moins
beaucoup de points communs avec la maladie à effet
retardé qu'inocule le Brésilien à
Valérie
Marneffe. Dans les deux cas, il faut un intermédiaire, il y
a
mystère, violence et irréversibilité
puisque la
médecine occidentale est impuissante face à un inconnu
qui défie sa science ; dans les deux cas,
c'est le sexe qui
tue, indirectement ou directement.
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La
Chine et les chinois
: Compte rendu de lecture paru les 14, 15, 17 et 18 octobre dans La Législature.
Borget avait été présenté
à Balzac
par Zulma Carreau. Il était venu se loger dans la
même
maison que Balzac en 1833, rue Cassini. Il part en Chine en 1836 et en
revient en 1840.
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Quant à la
manière de vivre
au Brésil de ce M. Henri Montès de
Montéjanos,
arrière-petit-fils d'un des conquérants du
Brésil,
elle répond aux critères de l'Orient balzacien :
toute
puissance et enfermement. Il est roi, il est czar : "J'ai
acheté
tous mes sujets, et personne ne sort de mon royaume"
(Pléiade
VII, p. 415).
Il n'est jusqu'aux Etats-Unis mêmes qui ne
conservent quelque chose de l'Orient : la valeur très
relative
de l'homme, sans compensation onirique, il est vrai.
Cet ailleurs, à la fois
bénéfique et maléfique, doit donc
permettre aux
personnages balzaciens de s'enrichir rapidement. Il arrive que cette
espérance se réalise comme dans Modeste
Mignon
(1844), Eugénie
Grandet (1833), La
Femme de trente
ans (1834), qu'elle
soit proposée comme expectative comme dans Le
Contrat de mariage (1835) et le lecteur ignorera toujours
le destin de Paul de Mannerville, ou qu'elle échoue comme
dans La Cousine Bette
où les calculs du Baron Hulot, malgré leur
logique, seront déjoués.
Il arrive que les personnages en
reviennent, riches
ou non, mais radicalement changés, endurcis (de
manière
négative au sens où ils ont perdu toute
sensibilité, ce qui, par ailleurs, n'est pas sans
avantage
pour maîtriser les nouvelles règles du jeu social)
comme
Philippe Brideau dans La
Rabouilleuse (1841-42) ou Charles Grandet.
Quelquefois, le départ pour l'étranger
a pour objectif de rédimer le personnage par la valeur
militaire
et l'Algérie s'y prête, en ces débuts
de
colonisation (Un
début dans la vie ou Ursule
Mirouët).
L'Algérie, marge orientale et marge en voie de perversion,
entre
l'enfer de l'occident et le paradis de l'orient, joue le rôle
d'un purgatoire, ce que confirment aussi bien le comportement de
personnages comme celui d'Un
début dans la vie, qui s'y
rachète, que la nomination de Marneffe,
présentée
(et vécue par le personnage) comme une sanction, dans La Cousine Bette.
Mais si l'ailleurs possède, grosso modo, les mêmes caractéristiques et les mêmes fonctions, un pays se détache cependant et accède à une certaine individualité: la Chine. Particularités de la ChineSi l'on y va bien faire fortune, à la différence du reste du monde, sa présence est plus générale puisqu'elle se retrouve à divers niveaux, dans l'espace romanesque, tant à Paris qu'en province. |
le
sexe mortifère : fantasme qui est lui-même au
coeur du « Voyage de Paris à
Java »
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Les moyens qu'elle
fournit aux gens pressés
de s'enrichir tiennent en un mot : opium. C'est Charles Mignon, dans la
lettre annonçant son retour, qui en explicite le programme.
Ruiné, il part en Asie où il séjourne
sept ans au
bout desquels il revient nanti de sept millions (pp. 556-57) :
J'ai fait le
commerce de l'opium en gros pour des maisons de Canton, toutes dix fois
plus riches que moi. Vous ne vous doutez pas, en Europe, de ce que sont
les riches marchands chinois. J'allais de l'Asie mineure, où
je
me procurais l'opium à bas prix, à Canton
où je
livrais mes quantités aux compagnies qui en font le
commerce. Ma
dernière expédition a eu lieu dans les
îles de la
Malaisie, où j'ai pu échanger le produit de
l'opium
contre mon indigo, première qualité.
A
ce régime, il n'a mis que deux ans à
acquérir son propre bateau, "un
joli brick de 7 cents tonneaux". Ajoutons que l'indigo a l'avantage sur
toute autre marchandise de permettre de "n'y voir
que du bleu". Le
projet du personnage, en effet, consiste à abandonner le
commerce,
racheter les terres de ses ancêtres et reconstituer la
noblesse dont il
est issu en redevenant comte de la Bastie. Ce qui ne peut s'accomplir
qu'en voilant discrètement l'origine des millions permettant
cette
réussite.
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Modeste
Mignon : Si
le roman est tardif, 1844, il est inséré dans les Scènes
de la vie privée
dont il est le 5e texte.
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D'autres romans
feront écho à ce type d'entreprise avec moins
d'indulgence pour un commerce guère plus honorable que la
traite des
hommes sur laquelle Charles Grandet assoiera sa fortune. Dans La Fausse maîtresse
(1841), il est fait mention d'un philanthrope anglais que Paris ruine
et tue, avec ce commentaire: "ce philanthrope faisait le commerce de
l'opium". Quant à Nucingen, dans Splendeurs
et misères
des courtisanes,
s'il renonce à s'y intéresser, ce n'est pas pour
des raisons morales
mais simplement parce qu'il s'agit d'une chasse gardée du
gouvernement
anglais.
Si bien que la Chine, sous le rapport espace / fortune,
explicite l'immoralité foncière d'une
accumulation rapide du capital,
ainsi que le réitèrent avec constance de
multiples récits de La
Comédie humaine.
Mais à l'encontre d'autres pays, sa présence ne
se borne pas à rendre
possible de soudaines et colossales fortunes. Présence
constante,
quoique discrète, elle fournit images et
références aux narrateurs des
divers récits. Les portraits, en particulier, empruntent
à sa peinture
des éléments de description hyperboliques (le
sourcil souvent, mais
aussi le modelé du visage, mais encore la transparence de la
peau, sans
compter l'art des coiffures) de la beauté
éthérée de jeunes filles ou
de femmes, aussi bien que de la beauté délicate
et ambiguë de certains
jeunes hommes, témoin Lucien de
Rubempré.
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Charles
Grandet / Charles Mignon : On notera l'identité de
prénom entre
les deux personnages qui n'est certainement pas fortuite
étant donné le
souci onomastique de Balzac pour ses personnages.
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Eventuellement, mais rarement, la
référence picturale
servira à faire imaginer l'inquiétant,
l'indescriptible monstrueux.
Aucun intérieur raffiné ne peut se dispenser de
la présence d'objets
d'art ou d'artisanat chinois. C'est ainsi que le salon de Madame Mignon
"offre aux regards les merveilles d'une peinture imitant les laques de
Chine. Sur des fonds noirs encadrés d'or, brillent les
oiseaux
multicolores, les feuillages verts impossibles, les fantastiques
dessins des Chinois" (Modeste
Mignon, Pléiade I, p. 476) . Ou que la jolie
salle à manger du Dr Minoret "est
décorée de peintures chinoises en
façon de laque" (Ursule
Mirouët, Pléiade I, p. 850). Ou
encore, dans l'hôtel où Nucingen installe Esther, "l'étoffe
des rideaux est une soierie achetée à Canton
où la patience
chinoise avait su peindre les oiseaux d'Asie avec une
perfection dont
le modèle n'existe que sur les vélins du
Moyen-Age, ou dans le missel
de Charles Quint, l'orgueil
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Le
monstrueux : il est d'ailleurs amusant de constater que ceci contredit
ce que Balzac racontera dans ses articles de La Législature,
déjà cités, où son premier
intérêt pour la Chine s'adressait au grotesque, au
monstrueux, justement.
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de la bibliothèque
impériale de Vienne" (Splendeurs
et misères des courtisanes,
Pléiade VI, p. 618). Les babioles qui s'accumulent dans les
salons
réservent toujours une place à quelques "chinoiseries" pouvant,
à
l'occasion, être dépréciées
lorsqu'elles encombrent les vitrines des
marchands de curiosités ou qu'elles témoignent
d'une mode passée comme
dans le salon de la baronne d'Aldiger (La
Maison Nucingen,
1838). La Chine vient donc apporter sa caution aux signes du luxe.
Enfin, le terme "chinois" est
de rigueur chaque fois qu'il est
nécessaire de désigner un personnage
perçu comme pervers et/ou
incompréhensible, mais toujours dangereux (Cristemo ou
Peyrade déguisé
en lord anglais, par exemple). Cette acception du terme est
attestée
dans la langue dès 1820 ; populaire et de connotation
injurieuse, le
mot trouve place aussi bien dans la bouche de De Marsay que dans celle
des prostituées, mais aussi dans celle du juge Popinot
évaluant le
manque de finesse de Godeschal par ces mots : il "n'est pas
très
Chinois" (L'Interdiction,
Pléiade I, p. 448).
L'évocation de la Chine déborde ainsi
l'imaginaire de l'ailleurs pour
témoigner d'une mode qui perdure, avec des fluctuations, en
cette
première moitié du XIXe
siècle, car si
Mme de La Baudraye (La
Muse du département,
1843), dans les années 20, à Sancerre,
s'intéresse au Moyen-Age, à la
fin des années 30, vivant à Paris, elle est
passée aux "chinoiseries".
Chine et folie : L'Interdiction.
Mais il existe un texte, L'Interdiction,
dans lequel la Chine occupe une place plus importante et bien
particulière. Si elle y relève à la
fois de la question de l'origine
des fortunes, du luxe, elle justifie aussi le cadre médical, "démence
et imbécilité", en vertu
duquel Mme d'Espard voudrait faire interdire
son époux.
Se contenter de voir là, dans la
référence chinoise,
un simple reflet de la mode, demeure insuffisant pour la raison qu'en
tant que tel, il est inscrit dans le récit lorsque le juge
remarque
chez la marquise d'Espard les curiosités
entassées sur la cheminée (p.
458), précieuses babioles dont il souligne ironiquement la
présence:
"Si le marquis d'Espard est fou de la Chine [...] j'aime à
voir que les
produits vous en plaisent également. Mais
peut-être est-ce à M. le
Marquis que vous devez les charmantes chinoiseries que voici." (p. 466)
Comment alors rattacher Chine et folie ? Quel lien faut-il nouer entre
origine des fortunes et folie ? Pourquoi et comment ce pays peut-il
particulièrement témoigner de la folie du marquis
?
Histoire du texte
Pour tenter
de répondre à ces questions, il nous sera
peut-être permis de faire un
détour par les conditions de publication de l'oeuvre. Le
texte a été
écrit au début de l'année 1836 pour
paraître en feuilleton dans la Chronique
de Paris,
journal dont Balzac était devenu propriétaire en
janvier 1836. La même
année, il est repris en volume dans la 2e
livraison des Etudes
philosophiques.
Dans l'édition de La
Comédie humaine (1844), il prend place dans le
tome II des Scènes
de la vie parisienne, mais dans le plan de 1845
modifié en 47, Balzac le destine aux Scènes
de la vie
privée, place qu'il occupe dans les
éditions contemporaines après La
Messe de l'athée
(1836) et avant Le
Contrat de mariage (1835).
Ces localisations successives dans l'oeuvre, qui ne sont pas rares chez
Balzac, peuvent suggérer quelques indications de lecture.
D'avoir été
classée dans les Etudes
philosophiques,
la nouvelle conserve en filigrane l'idée qu'elle appartient
à un
ensemble où le moyen social de tous les effets se trouve
démontré, où
les ravages de la pensée sont peints, sentiment à
sentiment, qu'elle se
situe dans une perspective plus généralisante que
l'étude de moeurs.
Par ailleurs, le modèle de La Peau
de chagrin
invite à chercher le mythe que recèle le
récit.
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peinture/livre
: Cette comparaison a un intérêt tout particulier
en ce
qu'elle associe art chinois et enluminure, et donc Chine et livre. Ce
savoir des Chinois en matière d'imprimerie est
rapporté en détail au
début d'Illusions perdues.
On comprend qu'un pays pour
lequel l'écrit
est sacré ait toujours fasciné les
écrivains. Balzac n'est pas le
premier et ne sera pas non plus le dernier. Par ailleurs, ces
mêmes
rideaux se retrouveront chez Mme Rabourdin, dans Les
Employés, où ils
témoigneront à la fois de son origine et de sa
culture.
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Dans une lettre à
Eva
Hanska du 26 octobre 1834, Balzac écrivait : "Dans les
E[tudes]
philosophiques, je dirai pourquoi
les sentiments, sur
quoi la vie;
quelle est la partie, quelles sont les conditions au-delà
desquelles ni
la société, ni l'homme n'existent." et
l'écrivain ajoute, qu'à ce
niveau-là, il s'agit de juger la
société. Scène de la vie parisienne,
le texte l'est sans aucun doute, à
plus d'un titre, à la fois parce que les procès
en interdiction étaient
nombreux à l'époque, parce qu'il autorise un
point de vue sur le
fonctionnement de la justice à travers le personnage de
Popinot, aussi
parce qu'il fait partie des rares textes où la
misère soit montrée.
Mais l'auteur décide finalement de le ranger parmi les
oeuvres,
disait-il, relatives aux débuts dans la vie, "l'enfance,
l'adolescence
et leurs fautes", ce qui ne correspond guère à
l'âge des personnages.
Le marquis, en effet, a 50 ans, le juge est plus
âgé encore, ni
Bianchon, ni Rastignac n'en sont à leurs débuts,
la scène se déroule en
1828, la marquise règne sur Paris depuis 7 ans et leurs
enfants n'ont
qu'un rôle de figurants. Mais si nous choisissons le terme "origine"
pour définir ces scènes, il devient possible de
comprendre mieux où
nous conduit L'Interdiction
et pourquoi la monomanie du marquis ne pouvait être que
chinoise.
En choisissant de situer ce texte entre La Messe de l'athée
et Le Contrat de mariage,
Balzac lui a donné par ailleurs d'autres
résonnances. Le premier récit a pour narrateur
Bianchon et
pour thème apparent la reconnaissance. Un pauvre porteur
d'eau
auvergnat aide le grand Desplein à faire ses
études si bien que la
réussite de ce dernier et sa fortune sont dues au sacrifice
d'un
pauvre, d'un "misérable" dirait
Hugo, mais auquel, en compensation,
Desplein voue un respect filial qui conduit cet athée
à assister tous
les ans à une messe. Le
Contrat de mariage,
quant à lui, voit une femme dépouiller
entièrement son mari de sa
fortune et s'en débarasser en l'envoyant aux
Indes. De l'assise d'une
réussite sociale sur le sacrifice, certes volontaire, d'un
pauvre au
vol légal d'une fortune par une femme vindicative, la
trajectoire dans
laquelle se trouve incluse L'Interdiction
pourrait inviter à s'interroger sur la valeur du terme "interdiction"
choisi comme titre, par-delà son sens juridique. Qu'est-ce
qui est
interdit ? Quoi, plutôt que qui.
Dans tous les cas, ces glissements d'un ensemble à un autre, comme l'inversion de la chronologie de rédaction invitent à multiplier les lectures et à considérer le déplacement comme facteur de sens. Le poids du passéScène de la vie privée donc, L'Interdiction se situe bien dans une problématique de l'origine. D'abord en raison de son thème : l'origine d'une fortune (celle de la maison d'Espard), ensuite et surtout, en raison de sa structure. Cette nouvelle, courte (72 pages dans l'édition de référence), souligne par sa briéveté même, l'importance accordée au passé. Plus d'un quart du texte est consacré à le rappeler à travers descriptions et narrations sans compter que tous les dialogues (et ils occupent la moitié du texte), ayant pour but d'établir la vérité, sont des interrogatoires destinés à le faire surgir. Le récit, de plus, est construit en sept "sections" (ou séquences) chronologiques. Le temps de l'histoire, s'il n'est pas absoluement rigoureux -la temporalité devient floue entre la 5e et la 6e section – est malgré tout souligné par le narrateur qui fait tenir l'événement en une semaine, d'un vendredi à un vendredi. Ne serait-ce pas là signifier au lecteur qu'il pourrait y lire une mise en place du monde ? Un chaos dont il faut faire un ordre ou un ordre qui dévoile son chaos originel ? N'y retrouverait-on pas la question des conditions d'existence du social ? D'un autre côté, cette apparente rigueur du cadre se dissout lorsqu'il s'agit d'aborder le passé et l'histoire des personnages. L'événement a lieu en 1828. Mais les références faites au passé et à l'âge des protagonistes sont fluctuantes. La marquise a 33 ans sur les registres de l'Etat civil (p. 451) mais elle a 22 ans en 1816, lorsque son mari la quitte et elle en aurait eu 16 au moment de son mariage en 1812. Détail, certes. Mais ce même détail affecte le marquis qui a 26 ans au moment de son mariage et 50 ans au moment du récit.Une date, cependant, fait pivot, celle de 1816. C'est en 1816 que le juge Popinot découvre de visu la réalité de la misère. C'est en 1816 que le marquis prend la décision de restituer la fortune "volée" par ses ancêtres et se sépare de sa femme. 1816 marquant pour le juge et pour le marquis la découverte du "réel" et leur similaire insoumission à son égard, le juge par sa charité active, le marquis par son intransigeance face à la souillure. L'Histoire, pour n'être pas directement présente, n'en affecte pas moins les personnages. 1816 est, par ailleurs, l'année où, quittée par son mari, la marquise se retire du monde pour surgir, à nouveau, dans le ciel parisien de 1820 et conquérir en un an sa royauté de "femme à la mode" dont elle joue savamment en fonction de ses ambitions politiques. Dates et chiffres travaillent, en apparence, du côté de l'illusion référentielle, mais leur manque de rigueur dit aussi à quel point ceci est secondaire dans l'économie du récit et sans doute ne faut-il y voir que le pur signe de la chronologie: le présent est issu d'un passé irréversible. Banalité ? Voire... Les personnagesQu'en est-il donc de ce récit ? Il met aux prises trois protagonistes essentiels : la marquise d'Espard, le marquis et le juge Popinot. Deux personnages secondaires y jouent cependant un rôle non négligeable : Rastignac et Bianchon. Le premier sert d' "embrayeur" à la fable parce que son ambition trouverait son compte dans une association avec la marquise dont il reconnaît la force politique. Le second joue le rôle d'intermédiaire en mettant en relation la marquise et le juge dont il est le neveu. Mais il est aussi celui qui propagera l'histoire, devenant l'instrument de son dénouement, grâce au récit transmis, plus tard, dans Splendeurs et misères des courtisanes. Bianchon, en effet, racontera l'anecdote à Lucien qui la rapportera à M. de Sérizy, grâce auquel les manoeuvres de la marquise échoueront. Ce rôle de Lucien sera évoqué trois fois et il y aurait peut-être lieu de s'arrêter sur cette "mise en abyme" dans un roman où il est aussi question d'une tentative de fortune, immorale, puisqu'elle est le résultat de la volonté d'un bagnard par l'exploitation de la prostitution et où la marquise est la pire des ennemis de Lucien.Ainsi cette nouvelle se conclut-elle deux fois, de manière contradictoire. Dans L'Interdiction, tous les indices plaident en faveur de la réussite de la marquise, et pas seulement parce que Popinot est dessaisi de l'affaire et remplacé par l'ambitieux Camusot, mais aussi parce que le narrateur souligne l'importance des petits événements sur les grands : le juge, malade, remet au lendemain la visite au marquis car il est incapable de soupçonner la gravité d'un délai, situation comparée à |
"Avant-propos
de La Comédie humaine", Pléiade I, p.
19. Balzac y insiste sur le rôle de La
Peau de chagrin, comme
médiation entre les Etudes
de moeurs
et les Etudes
philosophiques, par le biais du mythe.
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celle dela Journée des Dupes (p.
470), enfin parce que,
comme nous le
verrons, toute la logique du récit conduit à ce
résultat. Ce que
confirme d'ailleurs un texte de la même année, La Vieille fille,
où le rhume du juge, entre autres exemples, sert de
référence pour
justifier comment des incidents, en apparence anodins, peuvent aboutir
à des résultats catastrophiques. De
même que Le
Contrat de mariage vient dire ailleurs la victoire
féminine.
Mais dans Splendeurs...,
le résultat sera inverse grâce à une
coalition d'hommes mal aimés (Sérizy, Bauvan -
héros d'Honorine
– et Grandville) . Cette double conclusion a l'avantage de
tout sauver.
D'une part, le "réalisme" qui met
la justice au service du pouvoir
(le marquis sera interdit, c'est-à-dire enfermé
dans un asile
d'aliénés). D'autre part, la dimension symbolique
qui ne concerne pas
seulement l'origine des fortunes, mais encore l'imaginaire social (et
qui prêche en faveur de l'interdiction, elle-même
symbolique) et enfin
la "morale balzacienne" qui,
comme l'a bien démontré Lucienne
Frappier-Mazur, ne peut laisser atteindre le père, dans
un univers où
la filiation reste patrilinéaire (le marquis ne sera pas
interdit).
Cette double conclusion fait, par ailleurs, de L'Interdiction un
de ces textes fascinants dans lesquels la volonté de
l'écrivain est déjouée par la logique
de l'écriture.
La monomanie chinoise du marquis
La nouvelle relate donc l'enquête menée par le
juge Popinot dans le
cadre de la demande d'interdiction présentée par
l'avoué de la
marquise, Desroches. La lecture que fait
Popinot de cette requête en présence de
Bianchon, avec commentaires à l'appui, intervient
après que le
narrateur a décrit l'extrême misère
avec laquelle le juge se rencontre
chaque matin. Les faits allégués par la marquise
sont d'abord la
dissipation de la fortune du marquis au profit d'une dame Jeanrenaud et
de son fils (gens de peu qui vivaient dans la misère en
1814) après
avoir quitté sa femme en emmenant ses enfants, pour
s'installer rue de
la Montagne-Sainte-Geneviève, au début de 1816.
C'est la raison de la
demande d'interdiction.
Cette dissipation ne trouvant aucune
explication raisonnable (y compris dans celle que la morale
réprouve),
il faut qu'il y ait folie, laquelle sera prouvée par la
monomanie
chinoise. Cette monomanie chinoise, remarquons-le, ne serait notable
qu'après 1818, quoique le marquis précise, dans
son dialogue avec le
juge, qu'il savait déjà le chinois en 1811.
Enfin, la mise en évidence de cette folie est
attestée par le fait que le marquis déroge en
devenant commerçant (imprimeur) afin
d'éditer une Histoire
pittoresque de la Chine,
pour laquelle il se serait endetté. Le titre choisi n'est
pas sans
rappeler un titre auquel avait songé Balzac
lui-même, à peu près à
l'époque où il situe le récit, en
pensant écrire une Histoire
de France pittoresque.
Cette conclusion tire de Bianchon cette exclamation : "Cet homme est un fou." Mais, comme le juge lui même qui rétorque: "Tu crois cela, toi...", le lecteur ne saurait se contenter de cette réponse. Bianchon sait lire les signes, il l'a longuement prouvé au début de la nouvelle, mais ceux du corps. Or, ici, il s'agit de signes écrits et écrits sur un palimpseste car sous les signes de l'avoué, il y a ceux de la marquise et sous ceux de la marquise ceux du marquis lui-même, et sous ces signes-là ceux de l'histoire et de la société. Comme la maison du juge ou celle du marquis portent les traces successives des temps qui les ont façonnées. |
Journée
des Dupes : La comparaison avec cette journée du 11 novembre
1630, où les adversaires de Richelieu se
découvrirent "dupés"
puisqu'au lieu de le renvoyer le roi le confirmait dans son
pouvoir,
est loin d'être innocente en ce qu'elle situe la
problématique de cette
anecdote toute privée, en apparence, dans un contexte qui
est celui de
la politique et du pouvoir.
Le
Contrat de
mariage : Le déplacement des textes qui inscrit
un texte antérieur, celui du Contrat...,
après La
Messe... et L'Interdiction
nous semble souligner cette conclusion. Il serait d'ailleurs possible
d'y ajouter Le Colonel Chabert,
écrit en 1832 mais révisé en 1835,
mettant en scène une identique victoire féminine
et rangé, lui aussi, avant L'Interdiction,
dans Les Scènes
de la vie privée.
Si bien que notre texte se trouve encadré par deux
récits dans lesquels
des femmes se défont de maris encombrants de
manière injuste aux yeux
de la morale mais en usant pour ce faire de la
légalité. Manière
peut-être de souligner la logique du système que
contredit le
dénouement particulier de L'Interdiction.
Frappier-Mazur : In Littérature,
n° 29, février 1978, pp. 53-62,
« Fortune et filiation dans quatre nouvelles de
Balzac ».
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Affirmer la monomanie chinoise ne suffit pas,
il faut la prouver. Ainsi, après avoir
déclaré que "tous les actes de
sa vie [...] sont empreints de folie" (p. 447), la requête
fournit-elle
des exemples.
Le marquis rapporte les événements contemporains
à
la Chine, il censure (malgré son amour personnel pour le
roi) le
gouvernement par comparaison avec celui de la Chine.
Il enseigne
l'histoire chinoise à ses enfants, en particulier "les faits
[...] qui
contredisent les doctrines de la religion catholique" et leur fait
apprendre les dialectes chinois. Il nomme "mandarins" les juges et
"lettrés" les professeurs (qui ne l'étant pas,
s'en offensent ;
l'ironie n'est jamais loin chez Balzac !). Bref, il s'imagine "être en
Chine".
La fausseté de ces accusations sera démontrée doublement. D'abord, par un narrateur qui, dans la présentation du cadre et de l'entourage du marquis, démontera les rouages de la rumeur, ensuite par le marquis lui-même explicitant son intérêt pour la Chine. |
Histoire
de France pittoresque
: Ce qui n'est pas le seul point commun entre l'auteur et le
personnage. Le marquis est cru imprimeur en 1828, comme Balzac
l'était
alors, à cette différence près
-compensatrice ? - que l'entreprise du
marquis est une réussite financière alors que
celle de Balzac a été
l'échec que nous savons.
Notons par ailleurs que ce projet sur lequel revient Balzac dans son introduction à Sur Catherine de Médicis est une méditation sur le pouvoir qui lui fait conclure à la grandeur du personnage et à sa justesse politique, Saint-Barthélémy comprise. |
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Tout
d'abord, il s'agit d'une bonne action : il aide son ami
Nouvion, revenu ruiné de l'immigration. Ensuite, cet
intérêt découle de
son éducation même : il a eu pour
précepteur l'abbé Grosier et savait
le chinois à 25 ans.
Enfin, il loue ce pays, en une seule
phrase, cumulative, qui en souligne la grandeur : sa
capacité à
absorber ses conquérants, les Annales,
c'est-à-dire l'existence d'une
histoire écrite extrêmement longue,
l'immuabilité des institutions
garantissant la conservation du territoire, les monuments gigantesques,
l'administration parfaite, l'impossibilité des
révolutions, le refus du
beau idéal (en tant que limite au déploiement de
l'art), le luxe et
l'industrie supérieurs à tout ce que peut faire
l'occident.
Cette
accumulation fonctionne comme une démonstration dont les
trois premiers
éléments sont la base redondante, leur
sème commun étant la stabilité.
Stabilité qui est cause des effets lui succédant
dans l'ordre de la
phrase, dont le sème commun pourrait, cette fois, se dire
grandeur. A
commencer par les monuments. Dans bien d'autres oeuvres, d'autres
personnages, voire des narrateurs, réclameront de l'absence
de grandeur
architecturale dans la France de la Restauration, comme de celle de la
Monarchie de Juillet. Enfin, la conclusion sur la suprématie
du luxe et
de l'industrie est indiscutable puisque tous les salons parisiens en
témoignent, y compris celui de la marquise.
Le marquis semble
donc proposer un modèle à la réflexion
politique, ce que ses principes
d'éducation à l'égard de ses fils
confirmeraient : solide instruction
(mathématiques plutôt que philosophie),
connaissance des langues
étrangères, connaissance directe du monde par les
voyages, de manière à
ce qu'ils tiennent leur rang (celui de l'utilité et non de
la parade)
dans les affaires de l'Etat. On pourrait aussi lire cet
intérêt pour la
Chine comme l'effet d'une réflexion politique à
long terme sur
l'évolution des données planétaires.
Et l'histoire donnerait raison au
marquis puisque dans les années 1840, la France tentera de
se "placer" en Chine à
la suite de la guerre de l'opium et des bénéfices
commerciaux obtenus par les Anglais.
Toutefois, il n'en est rien, et ce qui semble ouverture sur l'avenir
n'est en fait que clôture sur le passé.
En effet, le panégyrique du marquis, comme le prouve le
recours à
l'abbé Grosier, ne relève pas d'une
évaluation personnelle
contemporaine (depuis quelques années
déjà, 1816 exactement, avec
l'Ambassade Amherst et le refus anglais de se soumettre aux coutumes
chinoises, se prépare la dissolution de l'Empire chinois
sous les coups
du colonialisme). Il est imprégné des
idées propagées d'abord par les
jésuites, ensuite par un certain nombre de philosophes
sinophiles du
XVIIIe siècle et qui ont fini par
devenir des
idées reçues. Par
ailleurs, cette éducation donnée à ses
fils n'aura aucune conséquence
dans La
Comédie humaine, où
ces jeunes gens si doués et si bien
élevés ne réapparaîtront
qu'une
fois pour jouer les utilités en faisant fuir la marquise du
salon des
Grandlieu (elle n'aime pas être avec ses enfants, trop
révélateurs de
son âge).
Sinophilie et mélancolie
Le modèle politique étant inopérant,
la Chine ne
prouve ni la folie, ni la raison du marquis. Il faut donc
déplacer la
question et aller lire entre les lignes, au sens propre, puisqu'entre
deux évocations de la Chine, il est fait mention de la
mélancolie noire
qui affecte le marquis chaque fois que le nom de la dame Jeanrenaud est
prononcé ou que l'on parle du règne de Louis XIV.
Quel lien peut-il
unir ces quatre données : la mélancolie noire, la
dame Jeanrenaud, le
siècle de Louis XIV et l'idée de se croire en
Chine ? Il nous semble
qu'il faille le chercher dans les faits contraires à la
religion
évoqués tout d'abord. Le contenu de ces faits
renvoie, à l'évidence
parce que le texte le dit, à la
chronologie dont Voltaire s'est
abondamment servi pour lutter
contre "l'infâme" en
démontrant l'absurdité des calculs
dérivés de la
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aide à Nouvion : action charitable. Et il n'est pas sans intérêt de noter que si la maison de Popinot atteste l'histoire des hommes de robe, la maison du marquis est toute empreinte des marques de la religion:" [...] tout respirait cette grandeur que le Sacerdoce a imprimée aux choses entreprises ou créées par lui [...]", p. 472. L'Abbé
Grosier : Personnage réel, 1743-1823,
bibliothécaire de l'Arsenal en
1818. Ancien jésuite (la Compagnie a
été dissoute en 1773), il est
l'auteur d'un ouvrage en 7 volumes publié en 1787 : De la Chine ou description de
cet empire d'après les mémoires de la mission de
Pékin.
La Chine absorbant
ses conquérants. La même
idée se retrouve dans La
Fausse maîtresse quand
il est question de la Pologne qui aurait dû, en cela, imiter
les
Chinois "qui ont fini par chinoiser les Tartares et qui chinoiseront
les
Anglais, il faut l'espérer" (p. 197). On est alors en pleine
guerre de
l'opium.
La liberté artistique chinoise : Dans ses articles sur La Chine et les Chinois, en particulier, celui du 17 octobre, Balzac revient sur cette idée et rattache cette conviction à l'esthétique du grotesque chère aux Romantiques. Voltaire, Questions sur L'Encyclopédie, article « Histoire », entre autres. |
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Bible
et c'est bien
ce que dit aussi le marquis en affirmant que les
annales remontent incontestablement à une époque
beaucoup plus reculée
que ne le sont les temps mythologiques ou bibliques (p. 487). Eclairage
qui nous éloigne quelque peu de Louis XIV mais qui a
l'avantage de
faire du marquis un homme appartenant par son éducation
à l'Ancien
régime, malgré les dates. La cinquantaine que le
récit lui impose en se
contredisant lui-même va dans le même
sens.
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Mais il
est un autre
contenu à ces faits, directement lié, lui,
au grand siècle, celui de la Querelle des rites qui agite
tout le XVIIe siècle et une grande
partie du XVIIIe puisque
la bulle
papale qui tranchera définitivement la question date de
1742. Leurs
adversaires, mais aussi certains d'entre eux, reprochaient aux
missionnaires jésuites un "enchinoisement" qu'ils
estimaient suspect.
Parmi ces reproches, la question du culte des ancêtres (mais
aussi
celui de Confucius, "patron"
des Lettrés) allait faire couler
beaucoup d'encre. Les Jésuites de Chine
défendaient le principe d'un
rituel purement civil, d'une coutume similaire, dans l'esprit, au culte
des morts français (visite de cimetière,
piété, chagrin) qui leur
permettait, sans choquer leurs hôtes, d'opérer des
rapprochements
propices au christianisme. Leurs adversaires
considéraient qu'il
s'agissait de superstition et que ces morts étaient
honorés comme des
dieux.
Comme on le sait, en 1715, une
première bulle papale, Ex
illa die,
enjoignait aux religieux de renoncer à toute pratique
superstitieuse
(mais sans définir les dites pratiques, ce qui laissait
toute latitude
à l'interprétation). Celle de 1742, Ex
quo singulari,
ne fera pas de détail et
décrètera toutes les pratiques chinoises: "superstition". Mais la
Sorbonne avait déjà, pour sa part,
comdamné
le culte des ancêtres dès 1702. La sinophilie du
marquis pourrait donc
se lire comme un enchinoisement (n'oublions pas que l'Abbé
Grosier
avait été jésuite) dont
l'élément essentiel, bien que non dit, serait
le culte des ancêtres. Et de fait, c'est bien à ce
culte que semblent
se rapporter son comportement et l'éducation
donnée à ses enfants,
comme en témoigne ce qu'en souligne le narrateur,
dans leur
présentation: grâce, certes, mais aussi
dédain, dignité, fierté, noli me
tangere,
toutes expressions qui viennent appuyer la digression du narrateur sur
la croyance en l'appartenance "à une
race privilégiée" que
confirme
leur arrivée, pendant la conversation de leur
père et du juge, et la
froideur de leur salut à ce dernier (p. 488).
Car que fait le marquis, sinon pratiquer le culte des ancêtres, en "rachetant" (au sens moral mais aussi financier) les fautes commises par l'indélicatesse de la maison d'Espard ? Le marquis, en cela, est bien Chinois, qui voit dans la lignée, dans le nom (inscrit sur les tablettes de l'autel en Chine, inscrit dans le blason en France) l'essentiel de ce dont il hérite, et l'essentiel de ce qu'il va transmettre à ses fils : "Je n'ai pas voulu que mes enfants pussent penser de moi ce que j'ai pensé de mon père et de mes aïeux ; j'ai voulu leur léguer leur héritage et des écussons sans souillure, je n'ai pas voulu que la noblesse fût un mensonge en ma personne" (p. 484). Plus Chinois encore par le fait qu'il se conduit conformément à la rétroactivité de l'anoblissement sur laquelle insistera Balzac, dans ses articles de 1842. La bonne conduite des fils rejaillit, en effet, sur les ascendants. Il nous semble d'autant plus justifié d'interpréter ainsi le comportement du marquis que la souillure qu'il a découverte à son nom est elle-même le résultat d'une autre querelle des rites, celle qui a opposé Catholiques et Protestants, dont ses ancêtres ont profité, étant du côté des plus forts. La question chinoise se trouve ainsi rattachée aux guerres de religion et à la révocation de l'Edit de Nantes. Comme la querelle des Rites s'est terminée au détriment des jésuites et de leur défense du culte des ancêtres, par une décision "politique", sinon morale, les Protestants ont été chassés et lésés par une décision politique, tout aussi peu morale. Mais peut-on vraiment poser ainsi la question ? Ne faut-il pas plutôt constater le nouvel état de faits qui en a résulté et que le temps a entériné ? Est-ce à dire que le référence chinoise porte ici condamnation du marquis ? Il nous semble que oui. Pour justifier cette affirmation, il nous faut revenir sur la structuration du texte. la structuration du texteLe récit fonctionne, en effet, sur une double série de parallélismes, d'une part entre le juge et le marquis, tous deux hommes d'un autre temps ; d'autre part, entre la marquise et son époux. Ce dernier est souligné directement par le narrateur qui écrit "M. d'Espard était gentilhomme, comme sa femme était une grande dame : deux types magnifiques... "(p. 475) et mis en scène, dans le récit, par un ensemble d'identités et d'oppositions découlant de cette formule. Deux types magnifiques, certes, mais "deux", relevant de deux ordres différents, commensurables, mais non identiques. Le mot "gentilhomme", utilisé comme attribut sans déterminant, souligne qu'il s'agit de l'essence même du marquis, alors que le déterminant indéfini qui précède "grande dame" démocratise, en quelque sorte, la qualification, sous-entendant le travail de construction et de volonté permettant l'accès à l'ensemble des grandes dames. Ce que déploie le reste du texte. La même couleur est choisie pour les deux habitations : le brun-rouge. L'opposition tenant à la clôture nocturne du premier et à l'ouverture matinale sur le jardin du second. Les mêmes termes sont employés pour qualifier les deux décors : "propreté exquise", mais avec cette nuance particulière au marquis : la suavité. Dans le salon de la marquise, comme dans la maison du marquis, la Chine occupe une certaine place. Mais dans le cas de la marquise, elle relève d'une décoration socialement acceptable, elle témoigne de la circulation de l'argent et des dépenses, lesquelles dépenses présentes (dettes) s'expliquent, selon la marquise par l'avenir (des enfants, dit-elle ; le sien, comprend le lecteur qui connaît ses ambitions). Elle participe donc à la fois d'un certain exhibitionnisme (l'hôtel est fait pour être vu) et d'un égoïsme profond, qui peut se revéler pourtant socialement utile. |
La
querelle des rites : Au sens strict du terme. Etiemble, dans L'Europe chinoise,
Gallimard 1988, tome 1, pp. 280-307, en rapporte les
éléments
essentiels et fournit une impressionnante bibliographie. Il n'est
jusqu'à Pascal qui n'y ait pris part dans Les Provinciales
(5e
lettre) où il accuse tout uniment les Jésuites de
protéger la superstition.
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En revanche, chez le marquis, la Chine
ne participe d'aucune
ostentation. Elle est le fruit d'un savoir socialement inacceptable
parce qu'il semble reposer sur un excès, participer de
l'incompréhensible (folie) et sur ce plan-là,
lorsqu'Anne-Marie Baron
émet l'hypothèse que le marquis parle un langage
que nul ne peut
comprendre, hormis le juge, ajouterions-nous, elle a parfaitement
raison. La circulation monétaire est
déviée. Les dépenses sont celles
de la famille Jeanrenaud, alors que le marquis vit comme un homme
ruiné. De plus, elles sont liées au
passé (celui de la dette, celui de
Nouvion) plutôt qu'au présent, même si
le marquis, lui aussi, leur
donne une justification future (mais exprimée par
un passé "j'ai
voulu", alors que les passés de la
marquise aboutissent à un futur : "ils trouveront").Enfin, le
monde du marquis est un monde du secret (l'appartement où
personne n'entre). Si bien que des deux personnages, entre lesquels
court souterrainement l'opposition rousseauiste social / naturel, si le
narrateur, comme le juge, font pencher, sentimentalement, le lecteur
pour le marquis, le texte, lui, dans sa logique, impose le bon sens de
la marquise.
Le marquis, en effet, et le juge l'affirme, lucide malgré sa sympathie pour lui, met en péril la société elle-même par son intransigeance. "Sublime", certes, est son comportement, mais dangereux pour la stabilité même ("il se trouverait peu de propriétes légitimes", p. 490) et pour tout dire inutile. Sa conception de la noblesse n'a plus cours, ne peut plus avoir cours. Et c'est bien la sanction de l'oeuvre. Nous avons signalé que ces enfants si soigneusement éduqués n'auront pas de place dans un monde où les hommes politiques se nomment Rastignac et de Marsay. Le marquis lui-même n'existe qu'à travers cette histoire, il est vrai qu'elle est rapportée dans six romans à titre d'exemple, de référence, voire de menace (dans Le Cousin Pons) mais la marquise, elle, est présente, le plus souvent de manière active, dans vingt et un textes. L'Interdiction et la Chine permettent donc de dire l'origine immorale des fortunes, d'en porter condamnation tout en affirmant l'inutilité, voire le danger, de la réparation qui ne peut relever que de la "sainteté", comme le serrement de mains final le prouve, "comme si deux lumières pures se fussent confondues", écrit le narrateur, p. 491 : le passé est le passé et les ancêtres doivent retourner à leur domaine, la superstition. C'est, malheureusement (et heureusement), Madame d'Espard qui a raison : "Elle eût approuvé sans scrupule la conduite de mon grand-père, et se serait moquée des Huguenots", dit le marquis. Et certes, la marquise est fort mal jugée, dans la plupart des oeuvres où elle apparaît, elle n'en reste pas moins un personnage fort et puissant, semblable à son amie Diane de Maufrigneuse qui, elle aussi, a fait une analyse exacte de son époque et explique vertement aux d'Esgrignon : "Vous êtes fous ici ? Mes chers enfants il n'y a plus de noblesse, il n'y a plus que de l'aristocratie." (Le Cabinet des antiques, Pléiade IV, p. 1092) |
Dans Beatrix,
par exemple, lorsque Camille Maupin décrit le personnage
éponyme, elle souligne son affectation en la justifiant par
le fait qu'elle a toujours l'air de savoir des choses difficiles, le
chinois ou l'hébreu, Pléiade II, p. 714.
Anne-Marie Baron,
« Le
Colonel Chabert et L'Interdiction
ou les fantasmes d'un romancier » in L'Ecole des Lettres,
n° 3, 1er novembre 1994, pp. 63-73.
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Et pour Diane,
justement, ce qui
définit cette aristocratie est sa capacité
à "laver", dirait-on
aujourd'hui, un argent "sale"
(parce que résultant d'une accumulation
rapide de capital, généralement lié
à la spéculation financière), car,
ajoute-t-elle: "Epousez qui vous voudrez [sous-entendu une fortune],
Victurnien, vous anoblirez votre femme, voilà le plus solide
des
privilèges qui reste à la noblesse
française."
C'est aussi ce que
reconnaît le jeune de Portuendère en sortant de
prison après que le
docteur Minoret lui a demandé s'il avait
dépouillé la peau de la
vieille noblesse qui n'est plus de mise aujourd'hui... la
réponse fuse
: "il n'y a plus de noblesse aujourd'hui, il n'y a plus qu'une
aristocratie." (Ursule
Mirouët, Pléiade III, p. 877)
Ces deux
personnages disent une vérité, la suite le prouve
puisque l'un et
l'autre auront droit à d'heureuses amours (cas assez rare
dans
l'oeuvre) et que Diane sera aimée et aimera d'Arthez,
modèle même
du grand homme dans La
Comédie...
Qu'il y ait lieu de regretter cet état de fait sur le plan humain (de l'individu), c'est ce que dit L'Interdiction, mais qu'il faille l'accepter sur le plan social comme une donnée, c'est aussi ce que dit le texte : il est interdit de regarder en arrière. Tout au plus peut-on faire ce que fait le juge : panser les plaies les plus criardes au jour le jour, savoir que toute richesse repose sur un substrat d'iniquités mais dont le remède serait pire que le mal car dans tous les pauvres repose en germe une semence de révolution, ce que voit Bianchon dans le cabinet du juge : "Réunion horrible, dont l'aspect inspirait le dégoût, mais qui bientôt causait une sorte de terreur au moment où l'on s'apercevait que, purement fortuite, la résignation de ces âmes, aux prises avec tous les besoins de la vie, était une spéculation fondée sur la bienfaisance." (p. 438) Le mythe qui informe L'Interdiction est peut-être bien celui de Sodome et Gomorrhe : regarder en arrière transforme en statue de sel et empêche d'avancer. D'ailleurs, le mari défunt de la dame Jeanrenaud n'était-il pas conducteur de bateaux de sel... Mais l'insistance sur la date de 1816 le disait aussi, plus implicitement: les restaurations n'ont pas de sens. L'histoire ne se fait qu'au futur si elle ne se rédige qu'au passé. La Chine en est elle-même témoin dont la stabilité, le refus des changements, la mettent en situation d'infériorité, et d'abord militaire, face à l'Occident. Les récits de l'Ambassade Mac Carthney (1793) et de l'Ambassade Amherst (1816), comme les premières escarmouches de la guerre de l'opium (1834) le disaient assez. Même si Balzac se refusait, consciemment, à l'admettre, puisque dans les articles de 1842, il rapporte en même temps la réalité : les mandarins chinois "trompent" l'Empereur sur les rapports de force entre Chine et étranger, et son propre désir de voir la Chine vaincre l'Angleterre. Ainsi, ce bref récit à la gloire de la justice, mieux que la justice, l'équité, écrit-il la profonde injustice dont vivent les sociétés. Toute fortune repose sur une exaction, non pas épisodique (celle d'une famille, d'une époque, qu'il s'agisse de Louis XIV, ou de la révolution française ou de l'Empire) mais constitutive et sans remède. Pour une Mme Jeanrenaud tirée de la misère, combien d'autres y plongent-ils chaque jour pour que, globalement, prospèrent les Etats ? Cette vision sociale peut être cynique lorsqu'elle est prise en charge par un Vautrin, mais elle est à peine moins brutale dans le cas de Mme d'Espard, et des personnages, comme Mme de Bauséant ou la "tendre" Henriette Mortsauf, ne donnent pas une leçon différente aux jeunes gens qui les sollicitent. Elle peut être douloureuse quand elle est celle d'un juge Popinot, même s'il refuse de penser une autre solution que celle de la charité chrétienne, dans tous les cas, elle se lit dans l'ensemble de l'oeuvre, en même temps que celle-ci fournit la seule réparation possible : celle de la littérature (Madame Firmiani, par exemple, qui est aussi une histoire de restitution, mais heureuse) ce qu'entérine Mme Jeanrenaud en disant au juge : "Vous parlez comme un livre." Pères et fils : gérer les héritagesCette question de l'immoralité foncière des fortunes particulières se rattache aussi, grâce à la Chine, à celle, plus intime mais tout aussi sociale, du rapport des fils aux pères. L'introduction de la Chine dans ce récit pourrait fonctionner comme la mise en place d'un inconscient en ce qu'elle autorise la coexistence des contradictions, affirmant à la fois la nécessité de la piété filiale et son impossiblité, sur le plan de l'individu, et l'amoralité foncière de la vie sociale, pur rapport de forces, sur le plan collectif. Après ce texte, le rêve heureux d'une justice finale ne sera plus permis. Si dans Madame Firmiani (1832) le héros pouvait se décharger de sa culpabilité en restituant la fortune volée par son père, après L'Interdiction, il n'en sera plus question. Il restera les fortunes acquises sur la souffrance et le sang... des autres. Le prix du changement est donc élevé et porteur de culpabilité, mais cette culpabilité si elle doit être dévoilée, doit aussi être "oubliée". Il est donc tout aussi interdit de ne pas la connaître que de la connaître, et les personnages (aussi bien que le lecteur) doivent vivre dans cette aporie : les fils doivent et ne peuvent se tenir pour responsables des actes de leurs pères. J'ignore si Freud a été un lecteur de Balzac, mais s'il l'a été, il a dû apprécier.La Chine est bien liée, outre cette question de l'origine des fortunes, a une problématique de la filiation que reprendra le début des articles de 1842 dans lesquels Balzac commencera par expliciter le lien qui unit la Chine, lui-même et son père. La Chine ayant été un domaine conflictuel entre fils et père : "Je mettais toujours en fureur cette personne à laquelle je devais, d'après les lois chinoises, un si grand respect qu'elle est presque sacrée, quasi divine, en lui soutenant..." La question est bien celle de l'interprétation de l'héritage : le jeune Balzac, par esprit de contradiction, soutenant que les magots étaient des représentations réalistes des Chinois eux-mêmes. Autrement dit, la Chine était pour lui le domaine du grotesque et du plaisant, du jeu, alors que son père (comme le marquis) , [qui] adorait ce peuple étrange, ne voulait retenir que la grandeur d'un pays dont les institutions avaient tant fasciné les philosophes du XVIIIe siècle que certaines ont été prises pour modèle, par exemple les concours pour le recrutement des serviteurs de l'Etat. Peut-être pourrait-on conclure en affirmant que la piété filiale ne cesse d'informer la vision chinoise de l'auteur, mais que le récit, lui, sait très bien ce qu'il fait en associant Chine et folie. Il dit ce qui est probablement indicible pour l'auteur lui-même (parce qu'allant beaucoup plus loin qu'il ne peut l'accepter en ayant choisi de s'engager dans les rangs légitimistes), et difficilement pensable encore, pour ses lecteurs, en 1835 (malgré 1830) que le fonctionnement social peut bien être amoral, voire immoral, mais que la Révolution marque définitivement, et sans retour (ni possible, ni même désirable) la société. Nos sentiments, notre éthique peuvent bien considérer le marquis comme respectable, il n'en est pas moins condamné par l'histoire, l'avenir sera construit par les Rastignac et les marquises d'Espard. |
Les
enfants cités étant la tante du jeune
d'Esgrignon, une célibataire de 47 ans, et le notaire de la
famille, qui a 69 ans. Mais "enfants" pour ne pas avoir
encore compris les nouvelles règles du jeu social.
note de 2011 : Freud a lu Balzac, puisque le dernier livre qu'il ait lu, avant sa mort, était Le Père Goriot, qui est aussi le récit d'une ingratitude filiale qui forme le jeune Rastignac et lui ouvre la voie de ses ambitions. |
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Pis
encore, c'est tant mieux
!
Pourquoi enfin, le marquis doit être interdit et pourquoi sa passion chinoise est réellement une folie. |
Bernard Guyon a
écrit, nous semble-t-il, dans La
Pensée politique
et sociale de Balzac,
Armand Colin, 1967, l'analyse la plus fascinante et la plus pertinente
de ces contradictions dans lesquelles évoluent,
dès le
début, les textes de Balzac et qu'il conclut par cette
phrase
que nous reprendrions volontiers à notre compte :
« Cette hésitation fondamentale [entre
les impulsions
de son coeur et les exigences de sa raison] donne à son
oeuvre
une signification souvent équivoque; mais elle lui
confère aussi un caractère intensément
pathétique qui est une de ses plus sûres
grandeurs. »
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