OEDIPE
|
||
![]() poterie grecque (Ve
siècle av. J.-C.), musée du Vatican
|
Le chant XI de l'Odyssée
(Homère) est sans doute le texte le plus ancien
mentionnant le personnage d'Oedipe.
Il est évoqué dans la tragédie d'Eschyle, Les Sept contre Thèbes (-467 av. J.-C.) qui présente la guerre fratricide de ses deux fils, Etéocle et Polynice. Euripide, en - 407 av. J.-C. en reprend le sujet dans sa tragédie des Phéniciennes, mais c'est Sophocle qui lui donne les dimensions que nous connaissons encore aujourd'hui à travers deux tragédies : Oedipe roi et Oedipe à Colonne. Le mythe est constitué de six éléments : 1. l'avertissement d'Apollon par la Pythie de Delphes conduisant Laïos à faire exposer son fils sur le Cithéron : les pieds troués et liés à une branche, l'enfant est abandonné. 2. sauvé et adopté par le roi de Corinthe, Oedipe adulte tue, sans le savoir, son père Laïos ; 3. en résolvant l'énigme du sphinx il sauve Thèbes ; 4. en récompense il épouse la reine Jocaste, sa mère ; 4. des années plus tard, alors que le couple a eu quatre enfants, la vérité se dévoile : Jocaste se pend et Oedipe se crève les yeux ; 5. Oedipe errant arrive à Colone où les dieux lui pardonnent et le transfigurent en divinité honorée dans ce sanctuaire (sujet de la pièce de Sophocle, Oedipe à Colone). |
||||
|
L'histoire d'Oedipe s'inscrit aussi dans une GENEALOGIE, celle des rois de Thèbes. A l'origine, CADMOS qui vient en Grèce à la poursuite de sa soeur EUROPE enlevée par ZEUS. Il interroge l'oracle de Delphes et Apollon lui conseille de renoncer à poursuivre sa soeur et de fonder une cité là où s'arrêtera la génisse qu'il doit suivre. Lorsque la génisse s'arrête, il lui faut combattre un dragon (protégé par Arès), gardien d'une fontaine, qui dévore ses compagnons. Après la mort du dragon, Athéna conseille à Cadmos de semer les dents du dragon ; en surgissent des géants qui se combattent et s'exterminent ; seuls, cinq en réchappent, les spartoï (hommes semés), qui aideront Cadmos à fonder Thèbes dans "le pays de la génisse", la Béotie. CADMOS épouse HARMONIE, fille d'Arès et d'Aphrodite. Ils ont cinq enfants, quatre filles (parmi elles, Sémélé qui est la mère de Dyonisos) et un fils : POLYDOROS. Il épouse NICTEIS (fille d'un des spartoï, Ctonio) ; leur fils le plus célèbre est LABDACOS (celui qui va donner son nom à la lignée). Une tradition récente veut que Labdacos ait été, comme son neveu Penthée, mis à mort par les Bacchantes pour s'être opposé au culte de Dyonisos. LABDACOS a pour fils LAIOS qui, fuyant Thèbes où le régent, son oncle a été assassiné, se réfugie à la cour du roi PELOPS. Là, offensant toutes les lois de l'hospitalité, il enlève et viole le fils du roi, Chrysippe, qui se suicide. Héra (déesse des mariages) s'en trouve particulièrement offensée et LAIOS est condamné à n'avoir pas de descendance. Mais Laïos épouse Jocaste. Quand leur fils naît, l'oracle de Delphes prédit qu'il tuera son père et épousera sa mère. L'enfant est donc exposé (abandonné) sur le Cithéron à la charge des dieux. La suite se trouve dans les tragédies. |
|||||
|
Le cycle des Labdacides a inspiré (et continue d'inspirer) de nombreux écrivains, aussi bien des dramaturges que des romanciers, comme en témoigne le choix proposé par ce tableau. |
|||||||||||||
| Eschyle (525-455 av. J.-C.) | Sophocle (495-405) | Euripide (480-405) |
Sénèque (-2 av. J.-C. - 65 ap.) | Corneille (1606-1684) | Racine (1639-1699) | Voltaire (1694- 1778) | Gide (1869-1951) | Cocteau (1889-1963) | Brecht (1898-1956) | Anouilh (1910-1987) | Bauchau (1913 -) |
Robbe-Grillet (1922 - 2008) | |
| Oedipe | Oedipe roi Oedipe à Colone |
Oedipe | Oedipe (1659) | Oedipe (1718) | Oedipe (1931) | La Machine infernale (1934) | Oedipe ou le roi boiteux (1978) | Oedipe sur la route (1990) | Les Gommes (1953) | ||||
| Antigone | Antigone | Antigone (1922) | Antigone (1948) | Antigone (1944) | |||||||||
| Etéocle et Polynice | Les Sept contre Thèbes | Les Phéniciennes | La Thébaïde (1664) | ||||||||||
Oedipe et le sphinxLe sphinx (ou la sphynge) est dit par la pièce de Sophocle, Oedipe roi, "chienne" et "chanteuse". Sa caractéristique féminine semble attestée dès les plus anciennes interprétations du mythe. L'énigme qu'elle pose est rapportée dans l'argument des Phéniciennes, Euripide, de la manière suivante : " Il est sur terre un être à deux, à quatre, à trois pieds dont la voix est unique. Seul il change de nature parmi ceux qui se meuvent sur le sol, en l'air et dans la mer. Mais quand il marche en s'appuyant sur le plus de pieds, c'est alors que ses membres ont le moins de vigueur."Diodore de Sicile
(historien grec, Ier siècle av.
J.-C.) la
résume ainsi : "Qu'est-ce qui, demeurant toujours le
même, est à deux, trois ou quatre pieds ?"
|
|
![]() Jean Auguste
Dominique Ingres (1780-1867), Oedipe
expliquant l'énigme du sphinx, 1808.
Musée du Louvre, Paris.
|
![]() Gustave Moreau
(1826-1898), Oedipe et
le sphinx, 1864, Metropolitan museum, New-York.
|
|
Le mythe d'Oedipe, s'il a inspiré de nombreux écrivains comme le montre le tableau, semble nous accompagner depuis le Ve siècle. Il permet de poser de multiples questions, dont la plus ancienne est celle du pouvoir. C'est encore celle qu'aborde Hélène L’Heuillet dans une étude sur les rapports de la police et du pouvoir (2001) . Depuis Freud qui relit Sophocle en découvrant dans Oedipe la création littéraire lui permettant de nommer le réseau des sentiments contradictoires (le si "fameux" et méconnu "complexe d'Oedipe") qui se développent chez l'enfant par rapport à ses parents et qu'il devra dépasser pour grandir, le XXe siècle a lu et relu le mythe. Levi-Strauss, dans une analyse aussi amusante que fascinante dans son Anthropologie structurale, 1958, y voit posée la question de l'origine : "Mais le mythe d'Oedipe offre une sorte d'instrument logique qui permet de jeter un pont entre le problème initial -naît-on d'un seul, ou bien de deux ?- et le problème dérivé qu'on peut approximativement formuler : le même naît-il du même, ou de l'autre ?" (Plon, p. 239) . |
|
|
A lire, un article sur le site du département d'Anthropologie de l'Université de la Réunion, "Oedipe sans complexes" Sur le tableau de Gustave Moreau, lire l'article de Jean David Jumeau-Lafond dans La Tribune de l'art. D'autres représentations du sphinx sur le site Méditerranées consacré aux mythes. |
|