29 janvier 1860 : Anton Pavlovitch Tchekhov

coquillage






Tchekov

Portrait de Tchekov à 42 ans, aquarelle de Valentin Serov (1865-1911)

Les années Taganrog

     L'écrivain, Anton Pavlovitch, naît le 29 janvier 1860 (17 janvier dans le calendrier julien alors en vigueur en Russie) à Taganrog, une ville portuaire sur la mer d'Azov. Le père, Pavel Egorovitch, est épicier ; la mère, Eugénie Iacovlevna, fille de marchands. Le couple a déjà deux garçons et aura encore trois enfants après Anton.
C'est une enfance relativement difficile. Il est de santé fragile, souvent malade. L'école n'est pas vraiment un milieu propice à l'épanouissement dans ses règlements qui en font un régime policier ; de plus, l'enfant, puis le jeune garçon, doit souvent aider son père dans l'épicerie ; un père qui, par ailleurs, ne semble guère avoir débordé d'indulgence à l'égard de ses enfants. Dans une lettre de mars 1892, Tchekhov écrit à un ami : "Je me souviens qu'il commença à faire mon éducation, ou plus simplement, à me battre, quand je n'avais pas encore 5 ans. En me réveillant, chaque matin, je pensais avant tout : Serai-je battu aujourd'hui ?" (cité par S. Lafitte, Tchekhov par lui-même, Seuil, 1955), phrase qui se retrouve mot pour mot dans la bouche de Laptev, personnage de Trois années (chap. 6, 1895). Les affaires ne sont guère florissantes et c'est une enfance pauvre que connaît la fratrie. Mais en compensation, ils reçoivent tous une éducation de bonne qualité, même si Anton n'est pas particulièrement brillant dans ses études.
Il semble que lui est ses frères se consolent des rigueurs de leur existence avec le théâtre où ils vont en cachette, mais aussi en organisant des spectacles chez eux ou dans des maisons amies.  
Lorsque Anton a 16 ans (en 1876) le père fait faillite. Il faut fuir, en catimini, pour échapper à la prison pour dettes. La famille part s'installer à Moscou, où sont déjà les deux aînés, Alexandre et Nicolaï. Le jeune Anton, lycéen, continue ses études à Taganrog sous la houlette d'un oncle, Mitrophane Egorovitch Tchekhov, tout en donnant des leçons pour gagner sa vie et aider sa famille. Lorsqu'il obtient son examen de fin d'études, en 1879, il part rejoindre les siens à Moscou pour y entreprendre des études de médecine.

La double vie

     Tout en poursuivant ses études de médecine, dans des conditions difficiless car la situation de la famille ne s'est pas améliorée à Moscou, le jeune homme commence à publier dans des revues humoristiques. Il publie son premier conte, en 1880, dans une revue appelée La Libellule, (d'autres sources disent La Cigale).
Entre 1880 et 1887, il fournit des textes à de nombreuses petites revues, les signant de divers pseudonymes, en particulier celui de Antocha Tchékonté. Dans le même temps, il publie nombre d'articles de journaux. Il y a à cela une raison de force majeure, c'est lui qui assure la vie quotidienne de la famille. Il écrit beaucoup, en général des textes courts dont il dira qu'il les écrit très vite ce qui lui est souvent reproché par ceux mêmes qui l'admirent ; nous avons signalé les raisons de cette rapidité.
En 1884, il termine ses études et commence à exercer. Il publie, à compte d'auteur, son premier recueil de nouvelles, Les Contes de Melpomène. En 1886, il commence sa collaboration avec le journal Temps nouveau (Novoïe Vremia) dont le directeur, Alexeï Sergueïevitch Souvorine, devient son ami (il sera aussi son éditeur) malgré les conflits qui les ont souvent opposé, en particulier au moment de l'affaire Dreyfus, le journal défendant une position antidreyfusarde contraire à celle de l'écrivain. Cette année-là, il publie un deuxième recueil , Récits bariolés.



A partir de 1884, la situation financière s'est améliorée, au point que la famille peut même louer une résidence d'été, à Babkino à partir de 1885. Ils iront trois années de suite (85, 86 et 87). Toutefois, bien que Tchekhov se refuse à y faire attention, sa santé s'est détériorée, il est atteint d'hémoptysie, il crache du sang. Episodes qui se reproduiront plusieurs fois au cours de sa vie. En 1886, il est déjà un écrivain célèbre et célébré. Sa première pièce, Ivanov, est montée en novembre. Il publie deux nouveaux recueils, Dans le crépuscule (qui lui vaut le prix Pouchkine) et Innocentes paroles. En mars 1890, il publie un nouveau recueil, Des gens moroses.
Médecine, création littéraire, il continue à partager sa vie entre ces deux univers. Mais il voyage aussi, dans le sud de la Russie (juin-juillet 1888) ; dans le grand est où il va enquêter sur le bagne de Sakhaline (1890) où il passera trois mois (départ en avril, deux mois de voyage, retour en octobre, par mer) ; il publiera ses Notes en 1893 ; à l'étranger, en compagnie de Souvorine (mars-avril 1891. Venne, Venise, Florence, Rome, Monte-Carlo, Paris).
En 1892, il va réaliser son rêve de posséder une propriété à la campagne  et achète le petit domaine de Mélikhovo : "Nous avons acheté une grande, une encombrante propriété [...] Nous avons un verger. Un parc. De grands arbres, de longues allées de tilleuls" écrit-il dans une lettre du 7 mars 1892.
Entre 1892 et 1899, année où il vend la maison pour aller s'installer à Yalta, il alterne les séjours à Mélikhovo, les voyages à Moscou quand sont montées ses pièces, les voyages en Russie, et les séjours à l'étranger (en 1894, en 1897, en 1900). Entre 1890 et 1892, il participera, avec beaucoup d'énergie et de dévouement, à la lutte contre les deux fléaux qui affligent alors la Russie, la famine et le choléra.
D'aucuns, Tolstoï, par exemple, ont considéré que la médecine a fait du tort à l'écrivain, ce n'était pas l'avis de Tchekhov qui écrivait, en 1899 : "Je ne mets pas en doute que mes études médicales n'aient eu une sérieuse influence sur mes activités littéraires. Elles ont considérablement élargi le champ de mes observations, m'ont enrichi de connaissances.." (cité par Sophie Lafitte, Tchékhov par lui-même)
Sa santé ne s'améliore pas, au point qu'en 1897, il doit s'interner dans une clinique après une crise d'hémoptysie plus grave que les précédentes, et il doit envisager de changer son mode de vie. En 1898, le 17 octobre, La Mouette  fait un triomphe au Théâtre d'Art (théâtre fondé la même année par Stanislavki et Nemirovitch-Dantchenko) alors que la pièce avait quasiment été sifflée, le 6 octobre 1896, à Saint-Petersbourg ; il est vrai qu'en compensation elle avait été applaudie dès le 16 octobre. Il fait la connaissance d'Olga Leonardovna Knipper (1868-1959), actrice dans la troupe de Stanislavski. Ils se marieront discrètement le 25 mai 1901.






Levitan

Melikhovo au printemps
, Isaac Levitan (1860-1900). Levitan était l'ami des frères Tchekhov et  a séjourné chez eux, en particulier en avril 1892.




la datcha blanche

La maison de Tchekhov, à Yalta, en 1899

Les années Yalta

    Après la mort de son père, en octobre 1898, Tchekhov achète un terrain sur les hauteurs de Yalta. Il aménage un jardin (Tchekhov aimait particulièrement le jardinage) et fait construire une maison. L'année suivante, il vend la propriété de Mélikhovo, et s'installe, avec sa mère et sa soeur Marie (Macha pour la famille) à Yalta dont le climat devrait mieux convenir à ses poumons malades. Il y vivra ses dernières années dans une certaine solitude, malgré les nombreuses visites dont il se sent, souvent, accablé. Olga est à Moscou et travaille. Il s'y rend souvent car sa femme et la ville lui manquent. En 1904, il va sssister à La Cerisaie en janvier, passe le reste de l'hiver à Moscou et ne rejoint Yalta qu'en février. En mai, lui et Olga partent pour Berlin. Ils s'arrêtent à Badenweiler, dans la Forêt-noire. Au début du séjour (juin) sa santé semble s'améliorer mais le 14 juillet, à 3h du matin, le médecin ne trouve plus que le champagne pour réconforter son malade. Il boit une coupe et meurt, selon le récit que fera Olga, quelques années plus tard.
Son corps est ramené à Moscou dans un wagon frigorifié où sont transportées des huîtres. Gorki en éprouvera une grande colère devant ce qu'il considéra comme un manque de respect. Gageons que cette colère aurait amusé Tchekhov comme totalement inconséquente, ce dont, par ailleurs, Gorki avait bien conscience, mais son indignation l'emportait.
Il est inhumé au cimetière de Novodievitchi, à Moscou.



Et la suite ?

      Le théâtre de Tchekhov appartient au répertoire du théâtre français ; il est régulièrement monté et il l'est toujours à Paris, pour la saison 2025-2026. Toutes ses nouvelles, traduites, sont accessibles dans trois volumes de la Pléiade (Gallimard), et il en a écrit des centaines entre 1884 (année où il est reconnu comme un écrivain qui va compter) et 1903. Sa dernière nouvelle, La Fiancée, se termine sur une curieuse note optimiste. Curieuse, dans la mesure où l'écrivain laissait souvent ses lecteurs sur une impression de mélancolie. Ici, certes la vieillesse, le temps qui passe, les pertes sans retour, la mort du jeune peintre Sacha, rappellent que la vie est faite de chagrins, mais la jeune héroïne, Nadia, regarde vers l'avenir : "devant elle se dessina une vie nouvelle, large, vaste, et cette vie, encore confuse, pleine de mystère, l'attirait, l'invitait".
     Les contes de Tchekhov, cela a été beaucoup dit mais n'en n'est pas moins vrai, sont une "comédie humaine" au sens où l'écrivain prend la peine de regarder attentivement le monde, aussi bien la nature (et ses descriptions de paysages sont de véritables poèmes particulièrement évocatrices) que les êtres humains, enfants, vieillards, petits bourgeois, paysans, étudiants, fonctionnaires de divers ordres ; un regard dont la tendresse n'est jamais absente même s'il est toujours capable de fustiger, voire de caricaturer.



timbre russe 2010

Tchekhov et ses personnages. Timbre poste russe édité en 2010


     Le plus bel hommage rendu a Tchekhov l'a été par Vassili Grossman dans Vie et destin qui confie à ses personnages le soin de le louer :
"Tchekhov a fait entrer dans nos consciences toute la Russie dans son énormité ; des hommes de toutes les classes, de tous les âges... Mais ce n'est pas tout ! [...] Il a dit, comme personne ne l'avait fait avant lui, pas même Tolstoï, il a dit que nous sommes avant tout des êtres humains, comprenez-vous : des êtres humains ! Il a dit que l'essentiel, c'était que les hommes sont des hommes et qu'ensuite seulement ils sont évêques, russes, boutiquiers, tatars, ouvriers. Vous comprenez ? les hommes sont bons ou mauvais non en tant que Tatars ou Ukrainienrs, ouvriers ou évêques : les hommes sont égaux parce qu'ils sont des hommes." (Bouquins, 2006, p. 232)




A découvrir
: le dossier relatif à la pièce de théâtre, Notre vie dans l'art, de Richard Nelson présentée à la Cartoucherie (Vincennes). Il permet d'en savoir plus sur Stanislavaki et sa troupe.



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