DRAGON : la Tarasque
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Autres textes relatifs aux dragons : Présentation générale 1. Ovide, Les Métamorphoses (le dragon de Cadmos) - 2. Tristan et Iseult (le dragon combattu par Tristan en Irlande) - 3. Un extrait de l'article "Dragon" dans le Grand Dictionnaire universel de Pierre Larousse - 4. La Légende dorée, Jacques de Voragine (le dragon de Saint Georges). 5. Ray Bradbury, Le Dragon (nouvelle de 1948). 6. Le dragon de Troyes (Champagne). 7. Le Roman de la table ronde (les dragons de Merlin) 8. Le Berger vainqueur du dragon (conte chinois) - 9. Julio Ribera, le dragon Gri-gril |
La Tarasque, à laquelle Louis Dumont a consacré une monographie publiée en 1951 (et rééditée en 1987, Gallimard, Bibliothèque des idées) est un cas intéressant de "dragon". Les textes, en effet, rangent la bête dans cette catégorie, mais sa description, et son effigie qui était promenée dans la ville à l'occasion d'une grande fête le lundi de Pentecôte à Tarascon et lors d'une procession le jour de la sainte Marthe, le 29 juillet, n'ont pas grand chose à voir avec l'iconographie habituelle des dragons. Les premières traces écrites apparaissent à la fin du XIIe siècle lorsqu'il s'agit, devant le développement économique de la ville de Tarascon, de lui trouver un saint tutélaire. Une église y était déjà consacrée à sainte Marthe, une nouvelle va être érigée et consacrée en 1197 pour abriter les reliques que l'on a opportunément retrouvées. Des vies de sainte Marthe vont aussi être rédigées. La première, attribuée à sa servante et compagne, Marcelle, rédigée en latin, ne présente qu'une originalité par rapport aux autres vies de saints du temps, c'est la description de la bête qu'aurait domptée la sainte, avant de l'abandonner à la vindicte des Tarasconnais (comme saint Georges l'avait fait pour le dragon de Capadoce) qui, reconnaissants, se font baptiser en masse.
La sainte vient à bout de l'animal, à peu près comme tous les autres saints dans une situation similaire, par sa foi, manifestée extérieurement par la croix et l'eau bénite, puis elle attache un ruban au cou de la bête et la ramène vers la ville où les habitants la mettront à mort. |
![]() Sainte Marthe
et la Tarasque, peinture anonyme du XVe
siècle, Chambéry
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| Une autre
version,
attribuée à Raban Maur (fin XIIe - début XIIIe siècle), et
traduite par Faillon (1859)
modifie un peu le paysage et réintroduit des caractéristiques propres
aux dragons habituels, le feu et le souffle pestilentiel, par exemple ;
et il reprend par ailleurs l'origine du nom qui était déjà dans le
texte dit de Marcelle "Or le dragon s'appelait Tirascurus, d'où le lieu
prit le nom de Tirasconus, alors qu'on le nommait aupravant Nerluc,
c'est-à-dire bois noirs, des bois sombres qui s'y trouvaient" : Entre Arles et Avignon, ville de la province Viennoise, près des bords du Rhône, entre des bosquets infructueux et les graviers du fleuve, était un désert rempli de bêtes féroces. Entre autres animaux venimeux rôdait çà et là, dans ce lieu, un terrible dragon, d'une longueur incroyable et d'une extraordinaire grosseur. Son souffle répandait une fumée pestilentielle ; et de ses regards sortaient comme des flammes ; sa gueule armée de dents aiguës, faisait entendre des sifflements perçants et des rugissements horribles. Il déchirait avec ses dents et ses griffes tout ce qu'il rencontrait, et la seule infection de son haleine suffisait pour ôter la vie à tout ce qui l'approchait de trop près. On ne saurait croire les carnages qu'il fit en se jetant sur les troupeaux et sur leurs gardiens ; quelle multitude d'hommes moururent de son souffle empoisonné. Comme ce monstre était le sujet ordinaire des conversations, un jour que la sainte annonçait la parole de Dieu à une grande foule de peuple qu'elle avait réunie, quelques-uns parlèrent du dragon ; et les uns, avec la sincérité de véritables suppliants, les autres pour tenter la puissance de Marthe, se mirent à dire : "Si le Messie que cette sainte fille nous prêche a quelque pouvoir, que ne le montre-t-elle ici ? Car si ce dragon venait à périr, on ne pourrait dire que c'eût été par un aucun moyen humain." Marthe leur répondit : "Si vous êtes disposés à croire, tout est possible à l'âme qui croit." Alors tous ayant promis de croire, elle s'avance à la vue de tout le peuple qui applaudit à son courage, se rend avec assurance dans le repaire du dragon, et par le signe de la croix qu'elle fait, elle apaise sa férocité. Ensuite ayant lié le col du dragon avec la ceinture qu'elle portait et se tournant vers le peuple qui la considérait de loin : " Que craignez-vous ? leur dit-elle,. Voilà que je tiens ce reptile et vous hésitez encore ! Approchez hardiment au nom du Sauveur et mettez en pièces ce monstre venimeux !" Ayant dit ces paroles, elle défend au dragon de nuire à qui que ce soit par son souffle ou sa morsure ; puis elle reproche son peu de foi au peuple, en l'animant à frapper hardiment. Mais tandis que le dragon s'arrête et obéit aussitôt, la foule ose à peine se rassurer. Cependant on attaque le monstre avec des armes, on le met en pièces, et chacun admire de plus en plus la foi et le courage de sainte Marthe, qui, tandis qu'on perce l'énorme dragon, le tient immobile par un lien si fragile, sans aucune difficulté, et sans éprouver aucun sentiment d'effroi. Cet endroit désert était auparavant appelé Nerluc (ou Bois noir); mais dès ce moment on le nomma Tarascon, du dragon qu'on appelait Tarasque, et les peuples de la province viennoise, témoins de ce miracle, crurent dès lors au Sauveur et reçurent le baptème, glorifiant Dieu dans les miracles de sa servante, qui fut chérie et honorée autant qu'elle en était digne par tous les habitants de la province. Contes
et légendes de la Provence mystérieuse, Tchou éditeur, 1968.
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![]() Marthe et la Tarasque, gravure
sur bois, Avignon.
La queue de la bête a la
puissance et le caractère des queues de dragons
traditionnels; la tête rappelle à la fois l'humain (le nez au-dessus de
la bouche dentée, les arcades sourcilières sur les yeux) et le lion
(crinière) ; les pattes rappellent aussi des mains humaines. Deux
jambes sortent de sa
gueule, preuves de son antropophagie. Cette particularité se
retrouve souvent dans les gravures.
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A découvrir : la présentation de l'histoire des fêtes au Museon Arlaten (Arles) L'existence de la fête contemporaine (devenue "patrimoine immatériel de l'humanité"), à Tarascon, à la fin du mois de juin
A lire : une étude sur les récits relatifs à sainte Marthe de
Véronique Olivier. |
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